Le front commun parental

On me pose souvent la question du front commun des parents à propos de l’éducation des enfants.

Cette histoire n’est pas tant un problème de devoir de cohérence (est-il cohérent de croire que deux personnes peuvent avoir une vision exactement identique de la vie ?!), même s’il peut être perçu comme tel, mais plutôt comme une difficulté pour les parents d’imaginer que nos enfants ont et auront à interagir avec des personnes qui possèdent une vision de la vie différente de la leur (ceci est notamment vrai à l’école, par exemple, rappelez-vous comment vous réagissez lorsque l’enseignant n’est pas d’accord avec vous ou ne fait pas ce que vous attendez de lui…).

En effet, dans le couple, nous sommes deux individus totalement différents, avec des besoins qui ne se manifestent pas nécessairement au même moment, des idées, des envies, une histoire personnelle et des aspirations différentes et ce, même si nous partageons des valeurs communes.

A chaque fois que mon conjoint ne se comporte pas tel que je le voudrais avec mes enfants, je me pose cette question : « Comment est-ce que je me sens lorsqu’il agit ainsi ? » « Qu’est-ce que ça me rappelle ? »

Et je tombe souvent sur le même constat : je suis en train de rejouer mon histoire d’enfant vis-à-vis de l’autorité, à savoir, soit j’affronte de face l’autorité pour la combattre, soit je la fuis en ayant l’impression que je cautionne, par mon silence ou ma non-réaction ou opposition, ce que je réfute, soit je m’inhibe en n’osant pas affirmer mes positions et mes choix. Et tout ceci tire son origine dans le degré de confiance en soi que l’on s’est construite au fil de notre vie (majoritairement par l’éducation que nous avons reçue).

Comme si j’imaginais dans mon esprit que mon mari est, soit d’accord avec moi (dans ce cas, tout va bien…en tout cas pour moi !), soit il est en désaccord (et dans ce cas, il y a conflit entre nous). Tout ceci me fait penser à une pensée très binaire : « soit, soit ». Comme s’il n’existait pas de troisième voie : celle de la prise en compte des besoins et des positions de chacun. « Sois j’ai raison et donc tu as tort, sois tu as raison et donc je n’ai plus rien à dire ».

Car quand je constate que mon conjoint a réagi brusquement face à mon enfant alors que je fais de mon mieux et que je déploie des efforts parfois surhumains pour rester dans la bienveillance éducative, j’ai l’impression qu’il me ruine mon travail.

Seulement, ai-je oublié dans l’intervalle d’essayer de comprendre ce qui se passe en lui à ce moment-là et ce qu’il rejoue de sa propre enfance. Mais aussi quels pourraient être ses besoins à lui, ce qu’il cherche à exprimer et à affirmer par ses réactions !

J’oublie également que si j’essaye d’être à l’écoute de mon enfant, mais que j’agis, soit en affrontant mon compagnon, soit en fuyant les conflits, soit en inhibant mes positions et ma personnalité, j’enseigne exactement à mon enfant que les relations ressemblent à ça : soit on attaque (pensée unique), soit on fuit (lâcheté), soit on s’inhibe (on prend sur soi). Dans ce cas, suis-je vraiment cohérente avec les valeurs (d’écoute, d’empathie, de respect…) que je souhaite transmettre à mon enfant ? Et je tombe moi-même dans le « Fais ce que je dis, pas ce que je fais ! ».

Je peux pourtant me mettre aussi à l’écoute (silencieuse, verbale ou non verbale, l’observer pour me permettre de prendre du recul) de mon compagnon, en ayant conscience du fait que ce qui m’affecte dans ses comportements constituent LE point qui touche ce qu’il me reste à guérir dans ma propre histoire.

Dans les moments où j’étais en guerre, soit déclarée, soit intérieure avec les attitudes de mon compagnon, j’oubliais à quel point j’avais de la chance : alors que je vois tout autour de moi des parents qui menacent leurs enfants et adoptent avec eux des attitudes extrémistes, si au moins au sein de mon foyer, il existe une personne qui arrive à se mettre à l’écoute de son enfant, celui-ci peut espérer apprendre les mécanismes qui sous-tendent une communication efficace et le bon équilibre des relations humaines et apprendre ainsi à son tour à interagir de façon saine avec son entourage.

N’oubliez pas : la bienveillance irradie toujours autour d’elle ! Il faut seulement se montrer patient…

Et vous ? Comment gérez-vous la cohérence éducative au sein du couple ?

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3 réflexions sur “Le front commun parental

  1. HUMERY dit :

    Merci à vous pour ce témoignage qui résonne fort en moi. Je me suis retrouvée exactement dans cette position : soit je suis cohérente avec moi / soit je suis complice… qui générait beaucoup de tensions en moi, et avec mon compagnon, et nos enfants par ricochet. Je suis triste en pensant que cela a contribué à notre séparation. Toujours ces vieilles blessures de part et d’autre qui parfois prennent toute la place, faute de les avoir accueillies… mais il est toujours temps 🙂

  2. PRIEUX dit :

    Bravo et Merci pour ce témoignage … Mon mari et moi avons trois enfants et sommes en plein conflit (non positif je pense) Je pense que nos enfants sont aujourd’hui victimes d’ incohérences au sein de notre couple. L’atelier du front commun parental aura t-il à nouveau lieu? Quand et où? Je suis entrain de vivre quelque chose de très difficile et j’essaie de nous en sortir tous.

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